Civilisation jetable

« Ce n’est pas la peine de mettre ce cd sur le lecteur mp3, ce n’est plus à la mode ». Autant jeter le cd à la poubelle puisque la musique qu’il contient n’est plus à la mode. Après le rasoir jetable, la culture… le patrimoine jetable. À bientôt pour la civilisation jetable !

Allez hop ! Monet poubelle ! Tarkovski poubelle ! Voltaire poubelle… La faute à qui ? Au numérique bien sûr !

Enfin, on devrait entendre ces propos sur le numérique et sur internet, ces bons boucs émissaires. Néanmoins, de par les choix des industriels de la culture et des industriels des systèmes d’information, Ils vont prendre part au massacre. Il faut faire du numérique correct pour le support des données.
On ne trouve aujourd’hui aucun support numérique durable. Les écrits s’envolent désormais.
Les DRMs, chiffrements et autres protections contre le piratage pour des documents publics sont à proscrire. Déjà, elles ne sont pas connues de manière légale sans quelques gros chèques signés chez les fabricants d’où des risques d’incompatibilité en cas de changement matériel ou logiciel non négligeables. Il faut aussi pour les mêmes raisons préférer les formats ouverts, Thierry Stoehr vous en parlera mieux que moi par l’exemple. Un document chiffré possède une propriété intéressante, il demande plus de puissance machine pour être lu avec la même réactivité que son équivalent non chiffré. En gros si nos vidéos n’étaient pas chiffrées, on pourrait les lire sur du matériel moins puissant et donc en général moins cher.
Le pire dans tout ce bordel est l’inefficacité de ces protections contre les pirates qui les font très rapidement sauter. Elles ne font que gêner les honnêtes gens qui, pour lire un certain film, doivent avoir un certain logiciel sans autres choix et pour une autre vidéo un logiciel concurrent qui ne saura pas lire la première, quand il ne faut pas choisir du matériel ou des opérateurs différents. Ces protections tuent la concurrence et devraient être interdites par la loi. Actuellement bonjour la discrimination par l’argent face à la culture pour peu que l’on reste dans le légal.
Un dernier problème, recul d’internet, est le retour à la centralisation des données et des moyens avec le cloud computing. Le centralisé peine par sa fragilité. On a oublié Alexandrie et pour les données privées : AOL.

Tout ces problèmes s’appliquent à la conversion de l’immatériel qui peut changer facilement de supports si ils sont bien conçus et documentés. Mais en soit le matériel non numérique pose aussi des problèmes. Il coûte plus. Il faut penser au stock, l’invendu pose problème aux éditeurs et fournisseurs. Et le problème contraire se pose aussi en cas de rupture de stock et non remise en production, cas de Stalker – Pique-nique au bord du chemin de Arcadi et Boris Strougatski. Du coup, il faut des concentrateurs pour le prêt passant avant les autres pour profiter d’une œuvre en rupture de stock. D’où centralisation et donc une fragilité. Sans oublier une discrimination géographique face à la culture.

Et reste les gens, le problème de l’industrie du disque ne serait-il pas d’être une industrie, du disque pas de la musique. Avec le passage de l’artiste à la capote chantante dans les canaux traditionnels. L’indé dont l’art libre y échappe encore. Ouf !

Et nous, et bien le boycott des produits aux formats fermés, avec chiffrements, DRM ou liés à un seul fournisseur d’information particulier s’impose. En musique, on peut, le marché a déjà bien mis au rebut les DRMs, il faut continuer ! Pour la vidéo, j’ai bien peur qu’il faille tout boycotter au niveau commercial. Quelques auteurs sont hors du circuit standard comme lacrymosa mais je ne connais pas de site les recensant comme un altermusique pour la musique en libre diffusion. Pour les livres, pas d’ebook avec des DRMs et il faut choisir les formats epub ou pdf, plutôt epub d’ailleurs. En cas de non trouvaille d’un livre récent au format électronique sans DRMs. Achetez le en livre papier et faîtes vous plaisir avec une belle édition. Après tout le livre électronique ne tuera que le livre poche… enfin le livre low cost.

Et puis il va falloir écrire à vos députés de façon argumenté montrant que ces protections ne pénalisent que les citoyens honnêtes et les mettent souvent dans des situations où la concurrence n’est pas, des situations de prise en otage par chantage du « tu restes chez moi où tu perds toute ta médiathèque ». Bref, il faut faire de l’interdiction de ces pratiques un thème de campagne. Dommage de devoir sortir la cloche de Pavlov du mauvais parlementaire, en plus elle doit tinter un certain nombre de fois. Si l’industrie culturelle ne marche pas il faut la remplacer au moins en aidant les artistes que l’on apprécie par un mécénat partagé. Vous savez la fameuse « nouveauté » du mécénat global en lui enlevant le contrôle d’une structure de l’État et l’espèce d’abonnement à la donation. Chose dont on parle dans les milieux de l’art en libre diffusion depuis quelques années. Bref, suivez les signatures et surveillez qu’elles puissent continuer à produire ce que vous aimez dans leurs productions.

Si vous êtes un artiste libre, un ingénieur travaillant sur un format de stockage numérique durable ou un programmeur aidant à la création et la diffusion de bons formats ouverts, continuez, vous sauverez le patrimoine immatériel.

Date 2009 September 12
Etiquettes arts · réflexion
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Auteur jean-mi
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